Alger capitale de la révolution

Reprenant le titre emblématique de l’ouvrage d’Elaine Mokhtefi, l'exposition personnelle de Berirouche Feddal nous invite à (re)découvrir l’héritage d’Alger, véritable épicentre des luttes anticoloniales et panafricaines. À travers le regard aiguisé de l'artiste kabyle, nous plongeons dans une Algérie vibrante des années post-indépendance. Nous explorons les convergences entre les mouvements sociaux et intellectuels du XXe siècle, tant en Afrique du Nord qu’à l’échelle mondiale. Feddal met particulièrement l’accent sur les liens étroits entre les efforts pour la libération algérienne et ceux des mouvements pour les droits civiques aux États-Unis. Ce projet inaugural à la Maison de la culture Marie-Uguay marque le début d’une initiative plus vaste qui explorera les solidarités à reconstruire pour une libération collective. 


Véritable ode au Festival culturel panafricain de 1969, l’œuvre monumentale Les tambours résonnent et les drapeaux dansent pour une révolution inachevée emplit l’espace, soutenue par une bande sonore immersive. Elle célèbre un Alger foisonnant, carrefour historique des luttes anticoloniales, elle est le théâtre d’une mise en tension entre aspirations locales et idéaux du sud global. S’appuyant sur une abondante documentation archivistique, Feddal compose une tapisserie de récits polyphoniques, entremêlant des destins et des résonances universelles.

Dans cette démarche, Feddal s’inscrit dans une filiation directe avec Frantz Fanon, pour qui la violence révolutionnaire était une réponse nécessaire à la violence coloniale. L’artiste interroge ainsi la nécropolitique, le droit systématique de vie et de mort par l’appareil étatique, en soulignant son omniprésence dans les sociétés dites postcoloniales à travers les œuvres We Want to be Free Algérie et Pouvoir Assassin.  Cette exposition, loin d’être une simple commémoration historique, ouvre un dialogue critique sur la manière dont la violence – à la fois réelle et symbolique – continue de façonner notre compréhension des luttes pour l’émancipation. Elle célèbre aussi une utopie à réinvestir. 

Photos © William Bobby Sabourin

 
 
 
 
 
 
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